Pas Revoir

Un texte de Valérie Rouzeau Recueil publié aux éditions Le Dé Bleu

Mise en scène de Gaëlle Héraut

Création Avril 2009

Le texte

Pas Revoir-hors de l'eau

 

"Pas revoir" raconte la perte du père, le deuil, l'absence, et ce qui reste de si présent partout autour de cette absence.
"Pas revoir" dit tout ce qui gronde en nous, tout ce qui chahute quand on est sur la route du cimetière et que l'on commence à peine doucement à réaliser tout ce qu'on ne s'est pas dit, qu'on ne se dira plus et que l'on continuera à adresser pourtant à celui qui est mort, qui vient de mourir et qui nous laisse là en plan avec l'inconsolable part. Et désormais l'inconsolable fait partie de nous.

Note d'intention

"Pas revoir" est un souffle, un grand cri intérieur.
La langue de Valérie Rouzeau a sa propre grammaire, son vocabulaire et son rythme.
C'est comme des ricochets, un mot en appelle un autre, puis un autre qui en appelle un autre… jusqu'à former la phrase, le poème, le recueil. Les images et les sensations arrivent, la pensée naît et dire devient possible, et nécessaire.
Il s'agira donc pour moi de dire "Pas revoir", d'être dans les mots, les yeux dans les yeux avec les spectateurs. "Pas revoir" n'est pas un exercice de style, ce sont des mots intimes, lumineux, parfois violents. Il n'est pas question d'une performance d'actrice.
Ce sera un instant, à fleur de peau. Ce sera comme l'enfant que peut-être parfois nous laissons vivre et courir dans notre pays lointain et qui nous parle avec ses mots… des mots qu'il invente seul et qu'il nous semble connaître et reconnaître.

Le plateau est un grand carré éclairé en blanc, de façon égale partout.
C'est un terrain de jeux, un terrain du "je".
Avec moi, Eric Thomas sera au plateau. Il jouera de la guitare, du violon, du gordon (contrebasse roumaine)… Il ne jouera pas le père, mais ses instruments évoquent déjà le corps et le bois du cercueil. Puis, il y aura les sons graves du paternel et de ce qui vibre encore dans l'air quand il s'en va. Il y aura les bon dieu de coups de marteau du père et les ritournelles de l'enfance. Une corde pincée peut devenir aussi les collants filés de la mère. Je ne tiens à rien illustrer, juste évoquer des choses, qui parfois auront une résonance chez l'un ou l'autre, ou tous…
Eric aura sa propre partition, que nous écrirons ensemble. Mais il ne sera pas un soutien ou un accompagnateur. Il aura sa présence à part entière. La langue de Valérie Rouzeau et la langue instrumentale dialogueront… Elles riront ensemble, elles se surprendront, se choqueront, exploseront… comme en réalité, dans la vie un père et sa fille peuvent vivre, grandir et s'aimer.

Sur le plateau, il y aura aussi de l'eau (dans un grand cercueil en verre).
L'eau pour moi, c'est déjà beaucoup d'intime qui se raconte. Ce sera l'eau qui pleure, qui pleut, qui dégouline et qui lave. Aussi l'eau des flaques et des étangs…
Et les bottes du père seront là.
Il y aura aussi du vent dans mes yeux quand le père est en train de mourir et que sa fille dans le train, avec cette nouvelle, n'avance pas assez vite.
De la neige tombera de sous un parapluie. L'empreinte de l'ange.
De la vaisselle sera fracassée sur le mur. Douleur et colère.
Et un poisson rouge dans un verre d'eau sera une pensée au père dans un geste quotidien.

La lumière s'allumera au début, restera tout le long, très blanche et se coupera à la fin.
C'est comme entrer dans une chambre, ouvrir l'interrupteur, regarder dans la chambre tous les signes de vie de celui qui est mort et qui en nous quittant nous laisse "là plantée ni bronchante ni pensante ni rien".
Puis on éteint la lumière, incroyablement seule, on ferme la porte et doucement, presque malgré soi, on retourne dans le monde.

Valérie Rouzeau

Née le 22 août 1967 dans la Nièvre, Valérie Rouzeau vit à Paris.
Valérie Rouzeau a émis le souhait de vivre de poésie. Depuis la publication de "Je trouverai le titre après" en 1984 et la création d'une revue éphémère, Le Squelette laboureur (Nevers, 1990-1991), elle y est parvenue. Elle vit de poésie : elle en écrit, elle en traduit (Sylvia Plath, Williams Carlos Williams ou encore Emily Dickinson), elle lit ses mots et les mots des autres… Et depuis mai 2004 elle est rédactrice en chef de la revue trimestrielle Dans la lune.
En 1999 "Pas Revoir" est publié, épuisé en moins d'un an. Elle y fait le deuil de son père.
Son émotion, sa langue singulière ont marqué ses lecteurs. Le bouche-à-oreille a rempli son office: Valérie Rouzeau est désormais une voix importante de la poésie française contemporaine.
Et Louise Lame, son poisson rouge est là toujours qui bulle et qui veille.

Bibliographie

Poésie

Mange-matin, L'idée bleue (2008)
Apothicaria, Wigwam (2007)
Récipients d'air, Le Temps qu'il fait (2005)
Kékszakállú, Les Faunes (2004)
Valérie Rouzeau lit ses poètes, Le Temps qu'il fait (2003)
Sylvia Plath, un galop infatigable, Jean-Michel Place (2003)
Va où, Le Temps qu'il fait (2002)
Une foule en terre foulée, avec Michel Nedjar, Travioles (2001)
Neige rien, Unes (2000)
Pas revoir, Le Dé Bleu (1999) ; rééd. 2000, 2002 et 2003 (Prix des Découvreurs 2000)

Essai et varia

Le monde immodérément, avec Lambert Schlechter, Nuit Myrtide éditeur, 2004
L’Arsimplaucoulis, délice des Carpates, avec Éric Dussert, Fornax, 2003
Préface de Neige exterminatrice, poèmes de Christian Bachelin, Le Temps qu’il Fait, 2004



Traductions

Je voulais écrire un poème, de William Carlos Williams, Unes, 2000
Le Printemps et le reste, de William Carlos Williams, Unes, 2000
Électre sur le chemin des azalées, de Sylvia Plath, Unes, 1999
La Traversée in Arbres d’hiver, de Sylvia Plath, poésie/Gallimard, 1999, 2000

Équipe de création

Mise en scène et jeu : Gaëlle Héraut
Musique (guitare électrique et gordon) : Eric Thomas
Lumières : Gweltaz Chauviré
Régie générale et accessoires : Pierre Guisnel
Administratrice de tournée : Lorinne Florange
Chargée de Diffusion : Sophie Dietsch

Création

Les 14, 15 et 16 avril 2009 à 19h30 Le 17 avril 2009 à 20h30
Au Théâtre des Bains-Douches au Havre.

Production

Ce spectacle a reçu le soutien du Théâtre des Bains Douches, et du Théâtre du Cercle. Production Cie l'Aronde.